Congrès International 2009


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Appel à Communications


 

Présentation générale:

La sécurité alimentaire est un droit humain et la garantir est un devoir collectif. La reconnaissance de ce droit fondamental par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) a été jalonnée d'étapes importantes. Après 20 ans, le Pacte Mondial de la Sécurité Alimentaire déclarait que celle-ci relève de la responsabilité commune de l’Humanité et nécessite l’engagement moral et la coopération. La Conférence Internationale sur la Nutrition tenue en 1992 a soulevé pour sa part les problèmes de la faim, de la malnutrition et des maladies liées à l'alimentation et mis l’accent sur l’importance de la pauvreté et de l’ignorance en tant que causes principales de la faim et de la malnutrition dans le monde.

Au plan mondial, et pour la première fois, la question de la sécurité alimentaire a été traitée au niveau des Chefs d'Etat lors du Sommet de l'Alimentation tenu à Rome en 1996. Celui-ci a placé la sécurité alimentaire dans un contexte global en soulignant ses liens avec l'éradication de la pauvreté, la paix, l'utilisation rationnelle et durable des ressources naturelles, le commerce équitable et la prévention des catastrophes naturelles et des situations d'urgence provoquées par l'Homme. En juin 2008, la Confférence de Haut Niveau sur la Sécurité Alimentaire mondiale: les Défis du Changement Climatique et de la Bio-énergie est parvenue à une déclaration adoptée par consensus et exhortant la communauté internationale à accroître son aide aux pays touchés par la hausse des prix. Outre l'augmentation de la production alimentaire mondiale, la Déclaration a insisté aussi sur le renforcement des investissements dans l’agriculture, les entreprises agricoles et le développement rural et ce, de sources à la fois publiques et privées. Elle a fait appel également à la levée des restrictions commerciales touchant les productions agricoles, et à la poursuite des recherches concernant les bioénergies. Par ailleurs, les donateurs et les institutions financières internationales ont été incités à fournir un appui en matière de balance des paiements aux pays à faible revenu importateurs de denrées alimentaires.

Cependant, et malgré cet engagement au plus haut niveau de mettre fin à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition, environ 862 millions de personnes dans les pays du Sud en souffrent encore en 2008. Les prévisions à long terme laissent présager une continuation, voire même une aggravation des tendances, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est. Les répercussions de l’échec des dernières négociations multilatérales de l’OMC sur le commerce des produits agricoles, tout comme les difficultés que rencontre l’effort international en matière de changement climatique, laissent penser que le défi de la sécurité alimentaire est loin d’être relevé dans le court terme par la communauté internationale.

De nos jours, la question alimentaire a resurgi avec force et occupe le plus haut niveau de l’agenda national et international (politique, revendicatif même scientifique) dans un contexte dominé à la fois par la flambée des prix des produits alimentaires de base, une diminution des ressources énergétiques non renouvelables, des scénarios alarmants du changement climatique et l’anarchie des flux migratoires domestiques et internationaux. Les préoccupations s’aggravent donc quant à la capacité de la planète à nourrir ses 6,5 milliards d’habitants, notamment dans certains pays du Sud où règnent malnutrition et insécurité alimentaire malgré les acquis du progrès technique et de la révolution génétique.

Il n’est pas superflu de rappeler ici que l'insécurité alimentaire résulte des effets combinés d’un certain nombre de facteurs tels la pauvreté, le niveau insuffisant de la production alimentaire, la dégradation des ressources naturelles (sols, eau, biodiversité…), les aléas climatiques, la faiblesse des revenus des agriculteurs, le service de la dette, la surévaluation des taux de change ainsi que l'accroissement de la population qui augmente la pression sur l'utilisation non rationnelle et non durable des ressources naturelles. Par ailleurs, la distorsion et les fluctuations des marchés internationaux des produits agricoles de base, et notamment la concentration de la production dans quelques Etats exportateurs connus par leur protectionnisme, pèsent lourdement sur la sécurité alimentaire des pays déficitaires. La libéralisation des échanges agricoles mondiaux ne manque pas souvent d’aggraver les difficultés des pays les plus pauvres.

On soutient généralement que la production alimentaire devra en conséquence augmenter, voire doubler, afin de satisfaire une demande mondiale en constante augmentation. Dans ces conditions, la pression qui s’exercera sur l’agriculture pour qu’elle puisse répondre aux besoins différenciés de la population mondiale fait appel à des solutions novatrices. Dans cette perspective, on n’hésite pas actuellement à considérer le développement agricole durable comme un choix stratégique pour la sécurité alimentaire. Mais, le caractère générique et transversal de la notion d’agriculture durable oblige à une certaine précaution dans son emploi, pays par pays, et continent par continent. Autrement dit, toute stratégie ou politique de développement pourrait aujourd’hui relever de l’objectif de durabilité, mais les implications d’un tel choix sont nombreuses, notamment eu égard à la souveraineté alimentaire, à l’eau douce, aux sols, à la biodiversité, à la justice sociale, à la gouvernance locale ou mondiale, etc. Cette spécificité transversale de la thématique agriculture et développement durable est par conséquent cruciale.

La confusion des référentiels et des objectifs mène souvent à la confusion des décisions et des politiques. Sans une compréhension claire de la finalité du développement rural durable, les compromis sur les stratégies et politiques à mettre en œuvre seraient sans effet. Bien que l'agriculture soit une activité intégrée à la vie humaine et à celle des sociétés, qu’elle gère et consomme des ressources importantes (financières et techniques, environnementales et humaines), les choix adoptés à différentes échelles (politique, socio-économique et scientifique) ne forment pas encore l’objet d’un débat décisif sur le devenir des exploitations agricoles, des systèmes d'alimentation et des zones rurales. La crise alimentaire actuelle en est la preuve indéniable.

La focalisation sur l’agriculture soulève ainsi de loin en loin des débats sur l'utilisation du territoire, la technologie, la santé publique, la biodiversité, la souveraineté et la sécurité collective. L’exacerbation des crises mondiales actuelles (alimentaire, énergétique…) ainsi que les incertitudes nées de la mondialisation et du changement climatique, obligent à repenser le développement de manière globale, et le développement agricole et rural de manière particulière. D’où la nécessité d’une approche holistique, abordant les problèmes avec toute leur complexité, dans un esprit de durabilité écologique, économique et sociale, d’équité et de solidarité, qui en appelle à une reconsidération paradigmatique des multiples catégories en interrelation for cette problématique.

Finalités du Congrès:

Etant le fruit d’une réflexion collective, le Congrès a pour objectif de favoriser la mise en relation non seulement de chercheurs issus des multiples champs disciplinaires concernés, mais aussi d’acteurs responsables des stratégies, politiques et programmes aux différents niveaux (responsables institutionnels, professionnels, représentants de la société civile, etc.) et provenant de différentes contrées. Par ailleurs, cette manifestation ne se limitera pas à partager les résultats de la recherche, il visera aussi et surtout à échanger sur les enjeux de la recherche de demain. Il s’agira surtout d’une réflexion prospective, dont l’objectif est de dégager des chantiers d’avenir.

Les organisateurs du Congrès souhaiteraient voir se dégager ainsi des projets de recherche liés aux différents aspects de la thématique impliquant des chercheurs provenant de différents horizons, ce qui  suscitera aussi la création de réseaux d’expertise interrégionaux appartenant à la fois aux pays développés et en développement. Dans cette perspective, le Congrès aura le mérite de contribuer au développement de partenariats scientifiques et institutionnels sur le plan international, afin de faire avancer collectivement la recherche et l’expertise dans le domaine du développement rural durable, la sécurité alimentaire étant en ligne de mire.

Au cœur de ces préoccupations intellectuelles se trouve également l’ambition de réaliser une manifestation de haute visibilité qui mettra en commun les connaissances, les compétences et les expériences évaluées, tout en proposant de nouveaux modes d’action concrets et des stratégies associées à toute politique de développement rural durable. Le Congrès offrira ainsi l’occasion à ses participants de tenter d’identifier les obstacles et les contraintes spécifiques par régions du monde, ainsi que les enseignements à en tirer et les meilleures pratiques à propager.